DEF-Eglise-de-Cailhau-au-18e-siecle-dessin-Copyright-1024x704 L'Histoire de l'église de Cailhau
Église de Cailhau au 18è siècle (dessin)

Cette image n’est pas un dessin d’archive, mais une reconstitution réalisée à partir des documents historiques retrouvés. Elle redonne vie au visage de l’église Saint-Christophe de Cailhau  tel qu’il se présentait jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle, avant les grands chantiers de modernisation et les aléas climatiques qui ont forgé son allure contemporaine.

Une « tour-donjon » et une nef gothique sur mesure

À l’origine, l’histoire écrite du site débute en 1089, lorsque Dalmace, archevêque de Narbonne, vient consacrer l’autel d’une première église romane dont le temps n’a rien laissé. Le bâtiment visible sur cette image date pour l’essentiel du XIVᵉ siècle, adossé à une structure encore plus ancienne :

Le donjon féodal devenu clocher : La massive tour visible à droite est le vestige d’un ancien château fort. Ses murs rustiques atteignent jusqu’à 1,60 mètre d’épaisseur, bâtis en gros blocs de grès aux joints garnis de fragments de briques. Sur l’image, ses baies hautes sont fidèlement restituées ouvertes, abritant notamment « Christophe », la célèbre cloche en bronze du XVIᵉ siècle (classée aux Monuments Historiques).

Une nef adaptée à la pente : Les bâtisseurs du XIVᵉ siècle ont édifié la grande nef (26,5 mètres de long avec le chœur) selon un tracé légèrement désaxé pour épouser la pente naturelle du terrain et se greffer directement au vieux donjon. À l’intérieur, pas encore de voûtes en pierre : une charpente et un plancher en bois reposent sur quatre grands arcs transversaux.

Le mystère de l’échauguette et de la passerelle en bois

Sur la gauche de l’image se dévoile l’appareil défensif qui a valu à l’édifice son surnom d’église-forteresse. Durant la seconde moitié du XVIᵉ siècle, le Razès est ravagé par les guerres de Religion :

– En juillet 1573, les protestants (« Religionnaires ») s’emparent du village en même temps que de Brugairolles.
– En juin 1575, les troupes catholiques du connétable Laviston reprennent la place après deux ans d’occupation.
– En 1577, Cailhau est à nouveau capturé par les troupes protestantes (d’après les écrits de l’historien Bouges).

Face à ces périls, une échauguette carrée en briques est érigée en encorbellement (avançant de 20 cm dans le vide) sur le gros pilier d’angle. Percée de fentes de tir surveillant la plaine au sud et à l’ouest, elle était accessible par une porte cintrée reliée à une passerelle et un escalier.
Si cette structure en bois a aujourd’hui disparu, ses trous d’ancrage dans la maçonnerie médiévale subsistent toujours.

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Echauguette de l’Eglise de Cailhau

Le grand sauvetage de 1700 : la renaissance de la façade

Après les conflits, les visites pastorales de Mgr Fouquet (archevêque de Narbonne) en 1660 et 1671 dressent un constat d’urgence : « toitures et clocher menacent ruine. »

Faute de moyens, il faut attendre le 7 août 1699 pour que les consuls obtiennent de l’intendant Lamoignon la levée d’un impôt exceptionnel. Le 11 janvier 1700, le chantier est confié au maître-maçon Raymond Bru, de Cailhavel. C’est lui qui consolide le mur ouest, répare la terrasse pavée d’accès, restaure les toitures et pérennise la façade telle qu’elle est représentée ici.

Un portail voyageur et des ouvertures d’origine disparues

Au centre de l’image, le portail gothique du XIVᵉ siècle est représenté à son emplacement originel, plus à l’est.
Ce n’est qu’en 1884-1896, sous l’épiscopat de Mgr Billard (évêque de Carcassonne), que la physionomie change radicalement :

– Le portail est intégralement démonté et reconstruit plus à l’ouest afin de dégager l’espace pour bâtir la chapelle latérale sud (qui donnera avec la chapelle nord une forme de croix latine à l’édifice).

– Les deux modestes baies médiévales visibles sur la reconstitution sont définitivement murées, et de nouvelles ouvertures sont percées pour accueillir des vitraux néogothiques.

– L’intérieur est alors pourvu des voûtes que l’on connaît aujourd’hui, remplaçant le vieux plafond plat et la voûte XVIIIᵉ du chœur abritant le maître-autel en marbre rouge (1813) et les toiles du Baptême du Christ et de la Crucifixion.

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Chœur de l’église de Cailhau

Du toit de terre cuite au célèbre « Clocher Vert »

Dernier détail d’importance : le clocher arbore ici une toiture traditionnelle à quatre pans en tuiles de terre cuite ocre usées par le temps.

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Le clocher vert de Cailhau

La fameuse toiture de tuiles vernissées vert émeraude qui fait aujourd’hui l’unicité de Cailhau n’a vu le jour qu’en 1925. Cette année-là, le 28 février, un orage d’une rare violence brisa la charpente et fissura les hauts de murs ; lors de la reconstruction d’urgence, la municipalité fit le choix hardi de cette parure verte étincelante.

Cette flèche verte insolite est devenue l’emblème de Cailhau, signalant le village de loin aux visiteurs du Razès.

B.F.

Texte et données historiques établis d’après les documents des Archives Départementales de l’Aude et des archives du Conseil de Fabrique.