Histoire de Cailhau
Les Antiquités Gallo-Romaines (vers 50 av. J.-C. – Vᵉ siècle)
L’histoire de Cailhau commence il y a plus de deux millénaires dans le bassin du Sou et le Bas-Razès. Vers 50 avant J.-C., les ingénieurs de l’Empire romain établissent une position militaire stratégique sur la colline du Pech du Fort (« la colline de la forteresse »). Cet oppidum permet d’observer l’ensemble du Razès, du pays de Montréal et des voies vers les Pyrénées. Juste sous la citadelle, la Gardie Constatia (« La Garde Permanente ») forme la garnison assurant la protection continue du secteur, un nom conservé au fil des siècles par la métairie de Lagardie.
Sous cette protection se développe la Romanie, quartier civil abritant notamment une vaste briqueterie dont le sol a restitué des tegulae marquées du sceau CANK. La plaine environnante accueille de vastes domaines agricoles :

- Monpennedy : une villa monumentale mise au jour par M. Revel, dotée de bétons de tuileau, de mozaïques noires et blanches et d’ateliers textiles.
- Popilianum : le grand domaine rural du notable Popilius. Transformé au fil des siècles en Pobelhà puis Poubeille, ce lieu-dit illustre plus de 2 000 ans de continuité agricole.
Du Moyen Âge au Catharisme : Castrum, Trencavel et Guerre Sainte (Vᵉ – XIIIᵉ siècle)
Après l’installation des Wisigoths en 412 au sommet du village (probablement à l’emplacement de l’actuelle église), la place forte résiste aux assauts des Francs de Clovis (507) et aux invasions sarrasines (759). Le 20 juillet 870, Charles le Chauve signe la charte cédant Cailhau au comte Oliba II de Carcassonne.

L’urbanisme défensif s’organise alors en deux phases :
- Noyau primitif (La Motte/La Cité) : une enceinte de 3 850 m² centrée autour du Castellum (le tracé des actuelles rue des Moulins et rue de l’église), sous lequel sont conservés des silos à grains médiévaux.
- L’extension du XIIIᵉ siècle : la surface fortifiée double (8 600 m²) pour accueillir les nouveaux habitants. Pour verrouiller ce bourg entouré de fossés en eau, on édifie la Porta Aquaria (Porte Aiguière). En face de la porte se situait la mare publique (actuelle place Achille Laugé), où le bétail venait s’abreuver sous la garde des consuls.
Sur le plan spirituel, l’église dédiée à Saint-Christophe est consacrée en 1088. Au XIIᵉ siècle, les seigneurs de Cailhau (Guillaume II, sa fille Eschairunia, puis Roger Izarn et Raymond de Calhau) font alliance avec les vicomtes Trencavel.
À l’aube de la Croisade contre les Albigeois (1209), la seigneurie est profondément acquise au catharisme :
- Raymond Iᵉʳ de Calhau est un parent de Bertrand Marty, deuxième évêque cathare de Toulouse.
- Raymond II devient capitoul de Toulouse en 1219.
- Les écuyers et moines locaux (Cailhavel de Cailhau, Guillaume de Cailhau) participent activement aux assemblées clandestines.
Après la défaite des Trencavel et la saisie des terres par Simon de Montfort, Cailhau devient une terre de faidits (seigneurs dépossédés). Malgré les procès de l’Inquisition au XIIIᵉ siècle, le village préserve ses structures.
Les Guerres de Religion et la Restauration des Sanctuaires (XVIᵉ – XVIIᵉ siècle)
Au XVIᵉ siècle, l’histoire de Cailhau est rattrapée par les Guerres de Religion :
- En 1572, des troupes armées détruisent la chapelle rurale de Notre-Dame des Prés, située en bas du village.
- En 1575, les Huguenots s’emparent de la place forte avant d’en être délogés par le gouverneur Laviston.
- En 1586, le vicomte de Mirepoix s’y réfugie pendant les incendies de Brugairolles.
- C’est en 1592 qu’est fondu le bourdon « Christophe », une cloche colossale de 1 000 kg.
Après la pacification sous Henri IV, la vie religieuse renaît :
- Le 25 mars 1636, la confrérie de Notre-Dame du Mont-Carmel est fondée à la chapelle Notre-Dame des Prés par le prêtre M. Faure, Me Jean Cazilhac et le prieur Raymond Pagès.
- En 1645 et 1646, les croix de pierre du village (dont la Croix du Porche/Parvis et la Croix de Mâtiné) sont érigées pour marquer le périmètre des processions traditionnelles des Rogations.
La Révolution Française et l’Émergence Municipale (1789 – 1815)
La Révolution bouleverse le cadre institutionnel du village. Longtemps attribuée à François Pagès (1793), l’histoire des premiers maires républicains révèle plusieurs pionniers :
- Jérôme-Marie-Clément Commès (Janvier 1790 – Juin 1790) : élu le 31 janvier 1790 dans l’église par 72 « citoyens actifs », ce bourgeois transforme son propre salon en première mairie et gère le recensement du nouveau département de l’Aude.
- Jean-François Pagès (Juin 1790 – Novembre 1791) : élu au 3ᵉ tour de scrutin, il démissionne avec clarté après 17 mois de mandature.
- Bernard Fournier (Novembre 1791 – 1793) : élu après un premier appel boudé par les électeurs, il administre le village lors du passage à la Première République.
- Maître François Pagès (1793) : notaire de la paroisse, il prend les rênes sous la Terreur.

En 1809, l’ingénieur-géomètre Jean Laurent Gleizes établit le premier cadastre napoléonien au 1/10 000ᵉ, rattaché à la Méridienne de Paris.
Sous le Premier Empire, la société locale s’illustre par la famille Commès : le cadet Jean-André Commès (1762-1804), général de brigade sous Napoléon et beau-frère du maréchal Augereau, s’illustre en Italie et en Hollande, tandis que son frère Jérôme-Clément devient maire de 1815 à 1825. En 1813, le maître-autel de l’église Saint-Christophe est inauguré par le conseil de Fabrique réunissant le curé Philippe Castres, Jérôme Commès, le cultivateur Jean-Firmin Bonnarel et le boulanger Paul Vidal.
L’Aménagement du Village au XIXᵉ Siècle
Au cours du XIXᵉ siècle, Cailhau transforme progressivement ses espaces médiévaux :
- La saga des fossés (1826 – 1844) : En 1826, le maire Gibert Dormières réglemente l’usage des anciens fossés d’enceinte en les louant aux habitants (comme les meuniers Serny ou le cabaretier Pagès), tout en imposant la règle du « test de la charrette » pour maintenir la largeur des voies. Le 15 août 1844, la municipalité de Bernard Fournié refuse de tout privatiser et préserve le terrain de la mare pour créer la Promenade publique (actuelles Place Achille Laugé et rue de la promenade).
- Le grand chantier des fontaines (1869 – 1878) : Dépourvu de fontaines publiques, le village entreprend en 1869 un projet sous la direction du maire Maxime Vidal et de l’ingénieur Prosper Journet. Le plan prévoit d’élever l’eau de 40 mètres depuis les sources grâce à un moulin à vent (éolienne hydraulique). Après des fouilles complexes, l’interruption de la guerre de 1870, et l’aide financière de conseillers (Amédée Labeaute, Paul Fournié), l’eau publique est définitivement distribuée en 1877-1878 via trois bornes-fontaines pour un coût total de 13 444 francs.
- L’épopée de l’école et de la Poste (1891 – 1898) : Face à l’insalubrité de l’ancienne maison d’école, le maire Isidore Dormières achète en 1892 la propriété de Jean Montagné. Après un lourd endettement municipal, un conflit judiciaire victorieux contre l’entrepreneur défaillant Labatut, et l’intervention du maire Éliacin Gabelle pour réorienter le préau sur la Promenade, la nouvelle école mixte ouvre le 1ᵉʳ mai 1897. La vieille école vacante est immédiatement reconvertie par le conseil municipal pour devenir la toute première Recette Postale du village.
Figures Lignées, Traditions et XXᵉ Siècle
Les Lignées et la Généalogie
L’histoire humaine de Cailhau repose sur des dynasties d’artisans et de meuniers dont la mémoire est documentée sur cinq siècles (plus de 5 200 personnes répertoriées) :
- Les meuniers Serny : Installés au sommet de la colline (rue des Moulins), les cousins Jean Serny « d’en Haut » (1756-1844) et Jean Serny « d’en Bas » (1762-1829) se partageaient les vents du Lauragais.
- Les Gabelle, Roques et Bonnarel : Charpentiers, maréchaux-ferrants et cultivateurs qui fournirent au village plusieurs édiles (Eliacin et Prosper Gabelle).
- Achille Laugé (1861-1944) : L’illustre peintre post-impressionniste, qui vécut et s’éteignit à Cailhau, partageait ses ancêtres directs (les familles Serny, Bades et Gabelle) avec les enfants du pays tels que Marthe Gabelle et Émile Bonnarel.

Le Baptême des Cloches (22 juin 1927)
Le 22 juin 1927, une grande fête populaire réunit les habitants sous la présidence de l’abbé Bataille pour bénir deux nouvelles cloches fondues à Toulouse par M. Vinel : Louise Jeanne Thérèse (300 kg, note La) et Pierrette Céline (200 kg, note Do), venues épauler le grand bourdon de 1592.
La Chapelle Notre-Dame des Prés
Vendue comme bien national en 1789, la chapelle est rouverte au culte en 1902 par M. Cadène et le curé Gayral, avant d’être reconstruite entre 1938 et 1939 par l’abbé Bonnet et bénie par Mgr Pays.
Le Patrimoine Architectural et Mémoriel de Cailhau
Aujourd’hui, le patrimoine de Cailhau témoigne de cette riche continuité millénaire :
- L’Église Saint-Christophe : Elle conserve son clocher carré défensif, sa toiture aux tuiles vernissées vertes (restaurée en 1920 par des artisans de Vallauris), une échauguette du XVIIIᵉ siècle, ainsi que trois cadrans solaires canoniaux (médievaux) gravés sur son portail sud pour rythmer les offices et les travaux champêtres.
- La Porta Aquaria : Bâtiment médiéval au-dessus du passage fortifié, il servit de poste de garde, de siège du consulat sous l’Ancien Régime, puis d’Hôtel de Ville.
- Les Croix de Chemin : Autrefois au nombre de neuf (Croix du Parvis, de Mâtiné, du Pujal, de la Demoiselle, de Monède, Croix Rouge), elles marquaient les limites du territoire et le tracé des cérémonies rurales.
Histoire de Cailhau : dernière mise à jour le 30 juillet 2026