Révolution à Cailhau : les premiers maires oubliés du village !

Elections à Cailhau 1790

Jusqu’à présent, l’histoire municipale de Cailhau semblait débuter en 1793 avec François Pagès, considéré comme le premier maire post-révolutionnaire. En me plongeant dans le dépouillement minutieux des registres officiels et des délibérations rédigés entre 1789 et 1793, j’ai pu mettre au jour un chapitre totalement inédit de notre mémoire collective.

J’ai mené des recherches approfondies dans les archives communales d’époque, et voici ma découverte : avant François Pagès, entre 1790 et 1793, trois autres citoyens ont revêtu la première écharpe de Cailhau. Retour sur trois années de fondation palpitantes, entre assemblées électorales dans l’église, réunions dans un salon privé, démissions théâtrales et sobriquets truculents.

Acte I : Jérôme-Marie-Clément Commès – Le bourgeois pionnier (Janvier 1790 – Juin 1790)

image-2-300x169 Révolution à Cailhau : les premiers maires oubliés du village !
Salle communale

Tout commence le dimanche 31 janvier 1790 sur le coup de midi. En vertu des décrets de la jeune Assemblée constituante, le vieux système seigneurial s’effondre. A Cailhau, la maison communale étant trop exigüe et en mauvais état, les habitants s’entassent dans l’église Saint Christophe  pour élire leurs représentants.

Il y a là les notables et les figures du bourg : les sieurs François Pagès et Jean-François Pagès, le bourgeois Jérôme-Marie-Clément Commès, ou encore Joseph Bonnarel.
On croise toute la paysannerie et l’artisanat local : Jean Serny, le meunier, Antoine Gabelle, le boulanger, mais aussi les Vidal, les Esperou, les Prats, Pelouse, Montagné et Courounel.

Après la lecture des décrets et la prestation du serment civique (« Être fidèles au Roi, à la Loi et à la Nation ! »),  les 72 « citoyens actifs » (ceux qui s’acquittent d’une contribution directe) s’avancent vers l’urne sous le regard de trois doyens.

Le dépouillement désigne le tout premier maire de l’histoire de Cailhau : Jérôme-Marie-Clément Commès, un bourgeois aisé et estimé.

L’anecdote : La ruse des sobriquets

Pour éviter que les bulletins ne se mélangent dans un village où beaucoup partagent les mêmes patronymes (Vidal, Pagès, Gabelle), le greffier consigne scrupuleusement les surnoms ancestraux : Antoine Gabelle dit « Justet », François Gabelle dit « Rousseau », Jean Vidal dit « Ferriol » ou Jean Vidal dit « Berdeil » !

Sans bureau municipal, le maire Commès transforme son propre salon en hôtel de ville ! C’est là qu’en avril 1790, le conseil célèbre l’intégration au tout nouveau département de l’Aude et dresse le grand recensement des 72 éligibles.

Fin du mandat : En juin 1790, promu administrateur du district de Limoux, Jérôme Commès doit démissionner en raison de l’interdiction stricte du cumul des mandats.

Acte II : Jean-François Pagès – Trois tours et puis s’en va (Juin 1790 – Novembre 1791)

Le dimanche 20 juin 1790, les villageois retournent à l’église pour élire le successeur de Commès. L’élection vire au roman à suspense :

1er tour : Dispersion des voix, pas de majorité absolue.

2e tour : Égalité parfaite et blocage entre clans !

3e tour (Ballotage) : En duel final, Jean-François Pagès récolte 24 voix sur 42 et décroche l’écharpe face à François Pons ! (Pour consoler le vaincu, François Pons est immédiatement élu Procureur de la commune).

Le coup de théâtre du 13 novembre 1791

Pendant 17 mois, Jean-François Pagès affronte la déferlante des décrets et les querelles locales. Épuisé, il s’empare du registre le 13 novembre 1791 et y consigne une démission rédigée au scalpel : il quitte ses fonctions sur-le-champ et prévient solennellement que toute pression visant à le forcer à reprendre son siège sera « considérée comme strictement nulle et sans valeur » !

Acte III : Bernard Fournier – Du « bide » électoral au calme républicain (Novembre 1791 – 1793)

Après ce départ fracassant, la municipalité convoque d’urgence les citoyens le dimanche suivant… mais personne ne se déplace sous le porche de l’église ! Travaux des champs ou dépit politique ? L’élection essuie un bide électoral retentissant.

Il faudra que le conseil municipal fasse crier une nouvelle convocation au prône de la messe pour remobiliser le village.

Le 20 novembre 1791, 23 citoyens actifs se rassemblent enfin et élisent Bernard Fournier comme 3e maire. Homme de consensus, il convainc l’ancien maire Jérôme Commès de réintégrer l’exécutif en tant que procureur ! Bernard Fournier dirigera la commune avec sérénité pendant deux ans, guidant le village lors du passage à la Première République. (Il s’éteindra plus tard, le 24 juillet 1800).

1793 : Le notaire François Pagès prend les rênes

Ce n’est qu’en 1793, alors que la France bascule dans les heures tendues de la Terreur, que Maître François Pagès, le notaire de la paroisse et tout premier procureur du village en 1790, est élu maire à son tour.

Seul édile retenu par l’histoire jusqu’à mes recherches, il n’était en réalité que le quatrième maire d’une jeune république villageoise d’une richesse insoupçonnée !

Une page d’histoire locale désormais réécrite

Grâce à cette redécouverte d’archives, Cailhau retrouve la mémoire vivante de ses bâtisseurs démocratiques. Une histoire riche en rebondissements qui prouve que, même à Cailhau, le vent de la Révolution a suscité une passion citoyenne hors du commun.

B.F.

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