97 ans de lumière : Rencontre avec Marguerite, notre doyenne

MARGUERITE DOYENNE DE CAILHAU

Nous avons eu la chance de partager un goûter avec la doyenne du village, Marguerite Daunis.

À 97 ans, elle nous a reçus avec une hospitalité et une clarté d’esprit qui forcent l’admiration. Tandis que le cidre pétillait doucement dans les verres, Marguerite nous a ouvert le livre de sa vie, une chronique vivante du siècle dernier, racontée avec une douceur et une lucidité admirables.

Loin de la nostalgie pesante, Marguerite nous a entraînés dans les coulisses de son enfance à Cailhau. Avec un sourire malicieux, elle s’est souvenue de son tempérament d’autrefois, celui d’une petite fille intrépide qui bravait les interdits pour s’échapper vers le cœur du village. Son but était simple : rejoindre la maison des Cambus où les enfants aimaient se retrouver et où les rires ne s’arrêtaient jamais. Elle nous a décrit avec une tendre ironie l’image de son père partant à sa recherche, un sarment de vigne à la main… Un geste d’autorité d’un autre temps qui, aujourd’hui encore, la fait doucement rire, car elle savait bien que l’intimidation l’emportait sur la sévérité.

Derrière ces anecdotes, c’est tout un monde de gestes oubliés qui a resurgi. Marguerite nous a fait voir l’endroit ou se trouvait la cuisinière à bois où l’on se chauffait l’hiver, et raconté les expéditions mémorables à la rivière le Sou, avec ces draps lourds que l’on chargeait dans la brouette pour aller les rincer à l’eau claire. Un trajet qui transformait la corvée en une véritable sortie au grand air. Elle nous a parlé de ces chevaux, Bijou et Péchard, compagnons de labeur d’une époque où le temps s’écoulait au rythme lent de l’animal.

L’un des moments les plus saisissants de notre échange fut sans doute sa curiosité. Marguerite, qui a grandi avec la plume et l’encrier, nous a demandé avec une grande fraîcheur de lui expliquer ce qu’était cette « intelligence artificielle » dont elle entendait parler partout. Avec beaucoup de pédagogie et de tendresse, nous avons tenté de lui décrypter ce concept si abstrait pour sa génération. Mais la théorie a laissé place à une émotion profonde lorsque nous lui avons montré, sur nos écrans, ces paysages et ces visages de son enfance s’animer grâce à cette technologie. Voir ses souvenirs « bouger » à nouveau l’a visiblement bouleversée, elle qui a connu une époque où même la télévision semblait être un mirage.

Marguerite nous a également confié sa philosophie de vie : une indépendance sereine et un refus de s’encombrer de contraintes inutiles. À 97 ans, elle cultive l’art de rester élégante et coquette, tout en revendiquant le droit de savourer son verre de vin blanc ou sa cigarette, avec cette liberté d’esprit qui semble être son véritable secret de longévité.

Nous sommes repartis de cette rencontre avec le sentiment d’avoir reçu un cadeau rare.

Merci, Marguerite, pour cette leçon de résilience, pour ces récits qui font l’histoire de notre village, et pour avoir partagé avec nous ce moment qui avait, cet après-midi-là, un parfum d’éternité.

Sylvie et Bruno.

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