Vent, bon vin et bras cassés, les 7 comptines historiques de Cailhau
Si vous pensez que la vie d’un village du Razès est un long fleuve tranquille… détrompez-vous ! Derrière ses jolies pierres, Cailhau abrite une tradition occitane bien plus croustillante : l’art de la vanne, du bon vin et de l’autodérision.
Du vent qui souffle fort aux disputes avec les villages voisins, voici le décryptage complet (et garanti 100 % folklore) des 7 pépites de la mémoire locale !
1. Le clocher en sous-traitance
« Plau, plau maniclau,
La campano de Cailhau;
Qui la souno ? Lou ritou de Carcassouno.
Qui la fa ? Lou ritou de Palaja. »
(Il pleut, il pleut maniclau, La cloche de Cailhau. Qui la sonne ? Le curé de Carcassonne. Qui la fait ? Le curé de Palaja.)
Une comptine de pluie qui se moque gentiment des habitants : à les entendre, personne au village n’est capable de s’occuper du clocher, il faut faire venir les curés des communes voisines !
2. Opération commando vers la foire
« Cailhau, Cailhavèl e Cambieura,
Trepassan la coma,
sautan la pèira,
S’en van a la fièra ! »
(Cailhau, Cailhavel et Cambieure, Traversent la combe, sautent la pierre, S’en vont à la foire !)
Quand on part à la foire, rien n’arrête la jeunesse du pays : ni les combes, ni les pierres, ni les kilomètres !
Car autrefois, la foire n’était pas seulement un marché. C’était aussi un grand rendez-vous social, où l’on retrouvait les villages voisins, où l’on dansait, où l’on buvait… et où l’on pouvait parfois rencontrer un futur mari ou une future épouse.
3. L’accroche-toi-à-tes-chaussettes !
« Dong, dang, lo cluc de Calhau,
Pèira seca e vent d’autan,
Qui non sauta tomba al val ! »
(Dong, dang, le clocher de Cailhau, Pierre sèche et vent d’autan, Qui ne saute pas tombe dans le val !)
Le clocher, la pierre et surtout le vent : tout le paysage de Cailhau tient presque dans ces quelques vers.
Et quand ça souffle fort sur les hauteurs, mieux vaut avoir les jambes solides : celui qui ne saute pas… finit au fond du val !
4. La recette du bonheur cailhautais
« Un calhau dins la man,
Un calhau sus lo camin,
A Calhau se fan los pans,
E se beu lo bon vin ! »
(Un caillou dans la main, Un caillou sur le chemin, À Cailhau on fait les pains, Et on boit le bon vin !)
En occitan, calhau signifie “caillou”. Alors forcément, le nom du village se prête au jeu de mots.
Des pierres dans les mains, des pierres sur les chemins… mais aussi du pain et surtout du bon vin !
Une philosophie locale qui traverse plutôt bien les siècles !
5. Quand le diable s’en mêle
« Quand plou e fa de solelh,
Sona la campana de Calhau.
Plou e fa de solelh,
Lo diable bat sa femna a truc de calhau ! »
(Quand il pleut et qu’il fait du soleil, Sonne la cloche de Cailhau. Il pleut et il fait du soleil, Le diable bat sa femme à coups de cailloux !)
De la pluie et du soleil en même temps ?
Dans les croyances populaires, ce genre de météo étrange appelait forcément une explication… tout aussi étrange.
Et à Cailhau, évidemment, même le Diable utilise des calhaus ! (La grêle ?)
6. La guerre des clochers
« Cailhaù. Cailhabel,
Brugairolos. Laüraguel .
Las campanos soun en ciouré,
Les batals en papiè. »
(Cailhau, Cailhavel, Brugairolles, Lauraguel, Les cloches sont en cire, Les battants en papier.)
Taper sur les villages voisins, c’est sacré. Traiter les cloches de Lauraguel ou Brugairolles de cloches « en cire et en papier », c’est leur dire poliment que leur église ne vaut rien ! (A l’époque, la grosseur et le son de la cloche mesuraient la richesse de la communauté).
7. Le sommet de la maladresse
« Les aisits de Calhau, se metèroun sèt per pourta un teule e mai le coupèroun. »
(Les adroits de Cailhau, ils se mirent à sept pour porter une tuile et ils la cassèrent.)
La légende absolue ! On appelle les habitants de Cailhau « les adroits » (els aisits)… mais évidemment par pure ironie.
Ils sont sept pour porter une seule tuile.Sept !
Et malgré toutes ces précautions… ils la cassent !
On retrouve là ces fameuses histoires de niais que les villages se racontaient autrefois les uns sur les autres. Sauf qu’ici, les Cailhautais semblent avoir eu suffisamment d’autodérision pour conserver eux-mêmes la plaisanterie !
UNE MÉMOIRE QUI SE TRANSMET EN RIANT
Ces petites formulettes peuvent sembler anodines. Pourtant, elles racontent à leur manière tout un monde : les foires, les cloches, le vent, les chemins pierreux, le vin, les rivalités entre villages et surtout l’humour de nos anciens.
Une histoire populaire qui n’est pas écrite dans les grands livres, mais qui a voyagé de bouche à oreille, de génération en génération.
Et c’est peut-être justement pour cela qu’elle mérite d’être conservée.
B.F.
Sources : Gallica / Revues « Folklore »



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