Mémoire d’un enfant de Cailhau : Paul Louis Fournié (1892-1915)
Né un dimanche de réveillon, le 25 décembre 1892, à Cailhau, Paul Louis Fournié n’a jamais eu le temps de flâner. Le sort le met à l’épreuve dès le berceau : à peine a-t-il quatre mois que son père, ancien sergent du 3ᵉ bataillon de Narbonne, s’éteint à 32 ans, laissant derrière lui un nourrisson et sa sœur aînée, Marguerite. Élevé avec tendresse par sa mère, Marie Agathe, le jeune Paul Louis grandit vite et s’endurcit.
Devenu un solide gaillard d’un mètre soixante-dix aux yeux marron foncé, Paul Louis embrasse la carrière d’employé des postes. Loin d’être un gratte-papier casanier, c’est un jeune homme plein d’esprit, alerte et passionné de sport.

Paul Louis est appelé sous les drapeaux avec la classe 1912, puis décroche à l’été 1913 son brevet d’aptitude militaire avec une aisance insolente : 18/20 en marche, 18/20 en lecture de carte, 17 en hygiène et plus de 15 en gymnastique. L’orientation et l’effort physique sont son élément naturel. Ce titre en poche lui promet les galons de caporal au bout de seulement quatre mois sous les drapeaux.
Incorporé le 10 octobre 1913 au sein du 80e Régiment d’Infanterie, Paul Louis ne tarde pas à confirmer ces promesses. Caporal le 3 avril 1914, il est jeté dans le grand bain lors de la mobilisation générale d’août 1914. Son sang-froid et son autorité naturelle font merveille au front : il est promu sergent en octobre 1914, puis décroche les galons d’adjudant le 10 mars 1915. À tout juste 22 ans, Paul Louis Fournié commande des hommes, partage leurs angoisses et guide leurs pas au cœur du vacarme.
Quelques jours après cette promotion, le régiment est projeté dans la fournaise de Champagne, sur les hauteurs crayeuses de la cote 196, au nord de Mesnil-lès-Hurlus. Les 18 et 19 mars 1915, l’enfer se déchaîne face à la Garde prussienne : les pièces de mitrailleuses sont balayées, les officiers tombent les uns après les autres, mais les clairons grimpent sur les parapets pour sonner la charge et repousser les vagues ennemies.
Le régiment s’accroche au terrain conquis sous un déluge d’obus continu. C’est là, au milieu des tranchées déchiquetées de Mesnil-lès-Hurlus, que l’élan du jeune adjudant s’interrompt net. Le mardi 23 mars 1915, Paul Fournié est fauché par le feu ennemi, tombant en brave à la tête de ses hommes.
Déclaré « Mort pour la France », son décès est officiellement transcrit sur les registres d’état civil de Cailhau le 9 mars 1916.


Entre rigueur militaire, exploits sportifs et bravoure sur le front, Paul Louis Fournié laisse l’image vibrante d’un jeune homme de vingt ans qui a croqué la vie avec panache avant d’entrer dans l’Histoire.
Sa sœur Marguerite épousera Joseph Paul Cailhau à Toulouse en 1921, conservant avec ferveur les lettres, brevets et souvenirs de ce jeune sous-officier audois mort au champ d’honneur.
B.F.
Sources : Archives familiales, AD11, Mémoires des Hommes, Mémorial des régiments d’infanterie de la grande guerre



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