Quand le général Warnet transforma Cailhau en champ de bataille : septembre 1878

Général Warnet - Cailhau

Depuis le 8 septembre, Cailhau vivait au rythme des grandes manœuvres. L’état-major de la 67e brigade s’était installé sur le parvis de l’église, et le général Warnet lui-même était venu observer le dispositif, parcourant les cartes où figuraient Prouille, Montréal et les hauteurs menant vers Villasavary.

Pour les habitants, ces lieux familiers devenaient soudain le centre d’un vaste exercice militaire.

À l’aube du 9 septembre, les clairons sonnèrent. Les fantassins quittèrent Cailhau sac au dos, quarante cartouches à la ceinture, progressant à travers champs tandis que l’artillerie empruntait les axes réservés. La marche s’effectuait selon une cadence précise, sous l’observation des officiers arbitres chargés de juger la manœuvre.

À sept heures trente-cinq, aucun coup de canon encore, mais la 34e division accentuait sa marche sur Villasavary. La brigade de Brême, venant de Cailhau, avançait précédée par le 10e dragons, tandis que le 9e chasseurs battait en retraite. Les dragons s’arrêtèrent à la ferme de Chevalinière, pendant que la brigade du général Bellegarrigue arrivait à La Force et dessinait son mouvement sur Villasavary en défilant au-dessous de Fanjeaux.

Vers huit heures dix, les batteries établies près de Prouille ouvrirent le feu. Le duel d’artillerie fit vibrer les maisons de Cailhau tandis que la fumée montait au-dessus des collines. La 68e brigade se déploya ensuite dans la plaine, et l’infanterie progressa à travers champs en direction des hauteurs. Des estafettes traversaient sans cesse le village, reliant les positions et transmettant les ordres de l’état-major.

À neuf heures quarante, la canonnade reprit avec intensité. L’artillerie avança d’environ mille mètres et établit de nouvelles batteries pour répondre à celles adverses. Vers dix heures quarante, la lutte atteignit son apogée : deux lignes d’artillerie tiraient à moins d’un kilomètre l’une de l’autre tandis que la fusillade se rapprochait des collines dominant Villasavary.

Puis, à onze heures dix, les tirs cessèrent presque soudainement. Quelques salves encore, puis le silence. À onze heures vingt, la manœuvre fut déclarée terminée. Les troupes revinrent vers Cailhau par petits groupes. Les officiers commentaient déjà les opérations, et beaucoup attribuaient la réussite de la journée à la conduite du général Warnet, dont la présence avait marqué les esprits.

Le soir, sur la petite place, on partagea du vin pendant que les soldats racontaient les charges de cavalerie et le duel d’artillerie autour de Prouille.

Le calme revint peu à peu. Les chemins reprirent leur apparence ordinaire, mais les traces des canons et le souvenir du grondement de la matinée rappelaient que, ce jour-là, Cailhau avait été au cœur d’une vaste opération militaire.

B.F.

Source Gallica, Le Petit Journal, septembre 1878

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