Cailhau : rue des Moulins, la saga des deux Jean (Serny)
À Cailhau, le vent n’est pas un simple courant d’air, c’est une force de travail. Autrefois, au sommet de la colline, la rue des Moulins s’animait au rythme du grincement des ailes de bois et du va-et-vient des charrettes de grain. Mais derrière cette agitation se cachait une curiosité qui faisait sourire tout le village : l’histoire des deux Jean Serny.
DEUX COUSINS, UN SEUL NOM.
Dans la famille Serny, on est meunier de père en fils depuis l’ancêtre Estienne. Mais la généalogie a parfois ses facéties. Au XVIIIe siècle, deux cousins se sont retrouvés à faire tourner les meules en même temps. Pour ne pas s’emmêler les pinceaux (ou les sacs de farine), les habitants de Cailhau, pragmatiques, leur avaient donné des surnoms liés à la pente de la colline.
D’un côté, il y avait Jean dit « d’en Haut » Serny (1756-1844). Marié à Fransonette Vidal, il était installé sur la « Motte », le point le plus élevé du village. Il était le premier à saluer les rafales venant du Lauragais. Son moulin dominait les toits, tel un gardien surveillant l’horizon vers les Pyrénées.
De l’autre, quelques mètres plus bas dans la rue, travaillait son cousin : Jean dit « d’en Bas » Serny (1762-1829). Époux de Guillemette Pelouse, et bien que partageant le même sang et le même prénom, il appartenait à une branche légèrement plus jeune de la famille. Il devait se contenter du vent que son cousin voulait bien lui laisser passer !
C’était un ballet quotidien de sacs de jute et de poussière blanche. Les paysans du coin choisissaient leur Jean selon l’affluence ou l’amitié, mais l’excellence de la farine restait une affaire de famille.
UNE TRADITION QUI TRAVERSE LE TEMPS.
L’histoire des Serny ne s’arrête pas au déclin des moulins à vent. La branche Serny continuera de nourrir le village et la région, produisant des générations de meuniers et de boulangers. Cette passion pour le grain et le pain se transmettra fidèlement à travers leur descendance, portée notamment par les familles Gabelle et Bonnarel, qui perpétueront ce savoir-faire artisanal.
L’EMPREINTE DU TEMPS.
Aujourd’hui, le silence est revenu sur la colline de Cailhau. Les ailes ne fendent plus l’azur, mais le souvenir des deux cousins Serny reste gravé dans la pierre. Si le moulin d’en haut a laissé place aux vestiges du passé sur la Motte, le moulin d’en bas, fièrement restauré, témoigne encore de cette époque où le nom de Serny faisait vivre tout le village.
En remontant la rue des Moulins, on croit encore entendre, entre deux rafales, l’écho des deux Jean se disputant la primeur du vent.
B.F.



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