Jeanne CAILHAU : Un nom, un village, un héritage.
Tout commence par une rencontre. Le 20 septembre 1921, à Toulouse, Joseph Paul Cailhau, un employé de commerce, épouse Marguerite Fournié. Si le nom de l’époux résonne avec celui de notre village, ses racines sont purement toulousaines et n’ont, jusqu’au XVIIIe siècle, aucun lien avec cette terre.
Marguerite, en revanche, est l’enfant du pays : née à Cailhau en 1890, elle est institutrice et porte en elle l’héritage de lignées enracinées depuis des siècles. Le couple s’y installe, et c’est là que Jeanne voit le jour le 11 mai 1927.
Un héritage de maîtres partagé avec Achille Laugé
Jeanne grandit dans un environnement où le savoir-faire est une tradition séculaire. Par sa mère, elle descend d’une véritable « aristocratie du métier » :
– Les Serny, une dynastie de meuniers qui ont fait tourner les moulins de Cailhau depuis le début du XVIIe siècle.
– Les Gabelle, maîtres du feu et du fer, maréchaux à la forge du village durant plusieurs générations.
C’est ici que le destin de Jeanne croise celui de la grande peinture française : elle partage cette ascendance exacte chez les Serny et les Gabelle avec le peintre pointilliste Achille Laugé. Ce patrimoine génétique, mêlant la précision technique du forgeron et la maîtrise du mouvement du meunier, semble avoir irrigué les deux artistes. Également petite-fille du sculpteur Jacques Cailhau, Jeanne hérite ainsi d’une double légitimité artistique.
L’ascension : Une femme architecte aux Beaux-Arts
Jeanne transforme cet héritage en une carrière d’exception. Elle entre à l’École régionale d’architecture de Toulouse en 1949, avant d’être admise à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris.
Sous le matricule 11670, elle devient l’élève de Noël Le Maresquier. Son talent de dessinatrice s’illustre lors des prestigieux concours Rougevin et Godeboeuf, où elle obtient des mentions remarquées. Le 19 juin 1957, elle est diplômée architecte DPLG avec la mention Bien pour son projet « Un élevage de Boukharas ».
L’œuvre d’une vie : Construire et illustrer
De retour dans sa région, elle s’établit à Carcassonne où elle collabore notamment avec l’architecte Tran Huu Loc. Si elle bâtit des structures modernes, elle n’oublie jamais sa passion pour l’histoire et le dessin.
Avec l’aide précieuse d’un ami, j’ai pu retrouver deux de ses œuvres originales les plus précieuses : une représentation de l’église de Cailhau saisie lors d’une cérémonie et une vue de l’école du village, vibrant hommage au métier de sa mère.

En 1991, elle signe une œuvre à l’ancien hospice de Carcassonne: le Dinosaure. Cette sculpture aux allures de dragon, visible depuis le Pont Vieux, témoigne de son esprit ingénieux : elle parvient à transformer une simple sortie de canalisation en une œuvre d’art, imaginée pour l’inauguration du musée des dinosaures d’Espéraza.
Jeanne Cailhau s’est éteinte le 28 février 2020.
Architecte, historienne et illustratrice, elle aura passé sa vie à dessiner les contours de sa région, laissant derrière elle une trace aussi solide que la pierre et aussi vibrante que les toiles de son cousin Laugé.
B.F.



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