Cailhau, un village au cœur de l’Histoire médiévale occitane
Le paisible village de Cailhau cache une histoire étonnante, intimement liée aux grands bouleversements du Languedoc médiéval.
Dès le XIIe siècle, ses seigneurs apparaissent dans les chartes.
En 1181, Raymond de Calhau est cité comme témoin dans un accord entre Sicard de Lautrec et Roger de Béziers.
En 1191, lui et son frère Guilhem se rendent à Sauzens, près de Carcassonne, pour jurer fidélité à Roger II Trencavel, puissant vicomte de Carcassonne et de Béziers, héritier d’une dynastie qui contrôlait un vaste territoire allant d’Albi à Béziers.
Mais cette fidélité n’était pas sans nuances… car plusieurs coseigneurs de Cailhau étaient proches du catharisme, cette foi qui rejetait la richesse de l’Église romaine et prônait la pureté spirituelle.
Raymond Ier de Calhau était même parent de Bertrand Marty, deuxième évêque cathare de Toulouse.
Son fils, Raymond II de Calhau, devint capitoul de Toulouse en 1219, à une époque où la ville était un foyer de sympathies cathares.
Les Cailhau participaient aux assemblées cathares organisées dans les environs : à Montréal, sous la protection d’Aymeric de Montréal, ou encore chez Fabrissa de Mazeroles, une noble dame favorable à la cause. On y rencontrait la petite noblesse locale : les Gache, les Mirepoix… et les Calhau.
Tout bascule avec la Croisade albigeoise (1209-1229), prêchée par le pape Innocent III après l’assassinat de son légat Pierre de Castelnau.
En 1209, les armées venues du Nord assiègent Carcassonne. Raymond-Roger Trencavel, suzerain des Calhau, meurt en captivité. Ses terres sont confisquées par Simon de Montfort, qui impose son autorité sur la région.
Les sympathies cathares deviennent dès lors extrêmement dangereuses. L’Inquisition, créée en 1233, veille. Les noms des Cailhau y apparaissent :
En 1237, l’écuyer Cailhavel de Cailhau accompagne Arnaud Roger de Mirepoix pour rencontrer l’évêque cathare Bertrand Marty et plusieurs « Parfaits ».
Entre 1273 et 1280, le Registre de l’Inquisition de Toulouse cite Guillaume de Cailhau, ancien moine prieur de Serres, accusé d’avoir discuté avec les croyants cathares.
Cailhau se trouve ainsi au croisement de l’histoire : partagé entre son attachement aux Trencavel et son implication dans une foi interdite.
Aujourd’hui, en parcourant les ruelles de Cailhau, face aux Pyrénées, difficile d’imaginer qu’ici se jouait une histoire faite de serments féodaux, de foi interdite et de résistance aux croisés.
Entre Trencavel et catharisme, Cailhau fut bel et bien un carrefour de l’histoire occitane.
B.F.



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