Église de Cailhau : 9 nouveaux caveaux découverts !
Dans mon précédent article (https://culture-cailhau.com/cailhau-un-caveau-sous-les-dalles-de-leglise/), je vous racontais comment une simple latte de bois soulevée au pied du maître-autel m’avait mis sur la piste des Commès, cette grande dynastie de consuls et de maires d’Ancien Régime. Mais souvenez-vous : l’analyse minutieuse des parchemins avait révélé un coup de théâtre de taille. Les Commès reposaient en réalité dans la nef, du côté de l’Évangile, au fond des bancs.
Une question lancinante continuait donc de me hanter : qui diable repose alors sous cette trappe mystérieuse découverte au pied du chœur ?
Pour en avoir le cœur net, il n’y avait qu’un seul chemin. Je me suis à nouveau plongé dans les registres paroissiaux de Cailhau, épluchant un à un, acte par acte, chaque décès consigné entre 1674 et 1789 (les registres de 1630 à 1673 ayant malheureusement disparu dans les méandres de l’histoire).
Ce que je cherchais ? Une mention, un indice, un nom.
Ce que j’ai trouvé dépasse absolument tout ce que je pouvais imaginer.
Loin d’abriter un ou deux défunts privilégiés, le sol de notre église Saint-Christophe cachait en réalité une nécropole insoupçonnée : pas moins de neuf nouveaux caveaux familiaux et ecclésiastiques dormaient sous le dallage !
1. Le caveau des Curés : l’énigme du maître-autel enfin résolue ?
C’est la pièce maîtresse de cette nouvelle enquête, celle qui répond enfin au mystère de la trappe en bois du chœur !
Le 22 octobre 1706 s’éteint maître Jean-Baptiste Fabre, âgé d’environ 76 ans. Le registre précise qu’il était bachelier en Sainte Théologie et curé en titre de Cailhau. Son acte de sépulture contient la formule décisive : il est enseveli :
« à la sépulture ordinaire de messieurs les curés ses prédécesseurs ».
Douze ans plus tard, le 21 octobre 1718, le recteur Mathieu Martin, curé du lieu, est inhumé à son tour dans l’église.
Dans la tradition liturgique chrétienne, les prêtres et recteurs ont le privilège exclusif de reposer au plus près du maître-autel et du tabernacle, tournés vers leurs ouailles. Il ne fait plus guère de doute que la dalle maçonnée découverte sous le plancher mobile constitue le caveau réservé aux desservants de la paroisse !
2. La dynastie Pons : bourgeois et chirurgiens au pied du chœur
Une autre famille d’un rang social considérable s’est réservé une place de choix, juste en avant du sanctuaire :
- 20 décembre 1678 : L’acte de Bernade Rigaud (environ 43 ans), épouse du sieur Jean Pons, livre une localisation très précise : elle est enterrée
« à la sépulture dudit Pons dans l’église paroissiale de Cailhau au devant du Chœur au milieu des bancs qui sont de ce costé ».
- 20 juin 1697 : Leur fils Antoine Pons s’éteint à 22 ans et rejoint la sépulture de ses parents.
- 8 septembre 1700 : C’est Antoinette Bonnel (75 ans) qui rejoint le caveau des Pons.
- 23 février 1707 : Le chef de famille, Jean Pons, bourgeois de Cailhau et propriétaire de domaine de Monède, y est inhumé à l’âge de 70 ans.
- 25 août 1728 : La génération suivante prend le relais avec Pierre Pons, bourgeois et maître chirurgien, né à Fanjeaux et mort à 67 ans, inhumé « à la sépulture de ses ancêtres ».
- 1746 – 1772 : Le bourgeois François Pons (1746), sa veuve Jeanne Escolier (1750), originaire de Laroque-d’Olmes, ainsi que plusieurs tout jeunes enfants : Baptiste (1 an, en 1760), Jeanne (2 ans, en 1760) et Jacquette (2 ans, en 1772, qui viennent clore l’usage de ce caveau familial sur près d’un siècle.
3. Le caveau Berdeilh : le gardien du Cers
Voici sans doute la mention la plus imagée et pittoresque de tout le registre !
Le 15 juillet 1681, le recteur enterre Bernard Berdeilh, décédé à l’âge respectable de 76 ans. Le curé écrit qu’il a été déposé :
« …au fond d’icelle entre le bénitier et le mur du Cers ».
Pour nous autres Audois, le Cers n’a pas besoin de traduction : c’est notre vent dominant, qui souffle de l’ouest. La formule indique donc l’emplacement exact de ce caveau : tout au fond de l’église, immédiatement à l’entrée près du bénitier, adossé contre la façade occidentale !
4. Le caveau Delile (ou Delisle) : les magistrats municipaux
La famille Delile compose une autre grande lignée de notables :
- 8 décembre 1676 : On enterre la doyenne de nos registres, Philippée Druilhe, veuve de feu Delile, morte à l’âge extraordinaire pour l’époque d’environ 95 ans (elle était donc née vers 1581, sous le règne d’Henri III !).
- 1682 & 1684 : Le petit Michel Delile (11 mois) y rejoint ses aïeux, suivi d’Arnaud Delile (40 ans) « à la sépulture de ses prédécesseurs ».
- 31 juillet 1698 : Anne Dieulafoy (39 ans), épouse du sieur Jean Raimond Delile, y est inhumée.
- 30 juin 1746 : Mort du patriarche Jean Raimond Delile, qui fut Consul de Cailhau dès le 1er mai 1680. Il s’éteint lui aussi nonagénaire (environ 90 ans) et rejoint l’église paroissiale.
- 1757 & 1769 : Son fils Pierre Delile, qualifié de « ménager » (propriétaire terrien exploitant), puis le petit Arnaud Andrieu (5 ans) y sont inhumés « à la sépulture de la famille de Delisle ».
5. La famille Blaquière : de la bourgeoisie à l’artisanat
Une lignée très active à Cailhau dont les membres reposent ensemble entre 1690 et 1770 :
- Jean-François Blaquière (15 ans, en 1690) et son frère Jean Blaquière (24 ans, en 1716), tous deux fils du sieur Jean Pierre Blaquière et de damoiselle Jeanne de Cathala, illustrant de belles alliances locales.
- Elizabeth Blaquière (20 ans, en 1694) et le sieur Jean Antoine Blaquière (62 ans, en 1739).
- Marie Escarguel (47 ans, en 1746), veuve du sieur Blaquière.
- La petite Marie Blaquière (morte à 4 jours en 1763) et enfin Pierre Blaquière (43 ans, en 1770), désigné comme ancien boulanger.
6. Les Pagès : une solide famille bourgeoise
Les Pagès détiennent leur caveau dès les premières années du registre :
- Pierre Pagès, vieillard d’environ 80 ans, inhumé en février 1677, rejoint un an plus tard par sa veuve Jeanne Denat (70 ans) en 1678.
- Le 11 mars 1690, Jeanne Cabrol (78 ans) est enterrée « à la sépulture de son mari dans l’église paroissiale, le sieur Etienne Pagès, Bourgeois ».
- En 1753 et 1762, ce sont Jeanne Demas (décédée à 90 ans) puis son fils Étienne Pagès (69 ans), également qualifié de bourgeois, qui viennent compléter cette concession familiale.
7, 8 et 9. Les caveaux Mas-Huc, Roques et Caisac
Trois autres caveaux bien distincts ferment la marche :
- Le caveau Mas-Huc : Le 9 février 1714, on inhume Marthe Huc, veuve du sieur Jean Mas, elle aussi nonagénaire (92 ans !).
- Le caveau Roques : Le 13 novembre 1751, Jeanne Sciau (environ 62 ans), veuve de Roques, est ensevelie dans l’église de la paroisse.
- Le caveau Caisac : Le 25 février 1766, c’est Marie Gayde (environ 50 ans), épouse de « Monsieur Caisac du lieu de La Force », qui reçoit sa sépulture dans l’église de ce lieu, attestant des liens étroits avec les notables des paroisses voisines.
Une véritable cartographie humaine sous nos semelles
Quand on fait la synthèse de ces décennies de registres, ce n’est plus une église silencieuse que l’on contemple, mais une véritable société figée dans la pierre :
- Au pied du maître-autel : le caveau des Curés de Cailhau, au centre du sacré.
- Devant le chœur, au milieu des bancs : la famille Pons, bourgeois et chirurgiens.
- Dans la nef, côté de l’Évangile (à gauche), au fond des bancs : la dynastie consulaire des Commès.
- Au fond de la nef, entre le bénitier et le mur d’ouest : le caveau des Berdeilh, tourné vers le Cers.
- Répartis le long de la nef : les caveaux des Delile, Blaquière, Pagès, Mas-Huc, Roques et Caisac.
Chaque famille avait son ancrage, son statut matérialisé par l’emplacement de sa dalle. Lorsque les paroissiens assistaient à la grand-messe au XVIIIᵉ siècle, ils prenaient place au-dessus même de leurs ancêtres, de leurs maires et de leurs prêtres.
La prochaine fois que vous pousserez la lourde porte en chêne de l’église Saint-Christophe, ne regardez plus seulement vers les voûtes : baissez les yeux. Sous vos pas, c’est toute la vie, les grandeurs et les drames du vieux Cailhau qui vous accompagnent !
B.F.



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