Une borne discrète au cœur de l’histoire du village

Borne Cailhau L

On passe devant presque tous les jours en allant vers la biblio-cabine, sans jamais y prêter attention. Adossée à son muret de pierre, cette borne fait tellement partie du décor quotidien qu’on la confond avec le paysage.

Pourtant, en baissant les yeux, le bloc interpelle. Taillé d’une seule pièce, robuste à la base et s’amincissant vers le haut, il porte une marque soignée : une lettre « L » gravée dans la pierre, avec de nets empattements d’époque.

On pourrait imaginer une ancienne borne routière indiquant des lieues, vestige du temps où l’on mesurait les distances avant le mètre. Mais sans chiffre pour préciser une distance, cette explication ne tient pas.

Ici, nous sommes au cœur du village, devant ce qui fut la belle propriété de la famille Commès,  illustre lignée bourgeoise de Cailhau qui a notamment donné au village son tout premier maire en 1790 (Jérôme Commès) et un général d’Empire (Jean-André Commès).

Dans ce cadre villageois et patrimonial, deux explications très concrètes se dessinent pour ce « L » :

– Une borne de « Limite » de propriété : C’est l’explication la plus directe et la plus courante. Placée en bordure directe de passage, la pierre servait d’arbitre officiel. Elle matérialisait la frontière exacte entre l’espace public (la rue ou le chemin communal) et l’emprise privée de la propriété Commès. La lettre gravée indiquait alors simplement la « Limite » légale reconnue par la commune et le propriétaire.

– Un repère parcellaire du cadastre : Lors de la confection des plans cadastraux ou des procès-verbaux de délimitation, les géomètres désignaient parfois les repères fixes au sol par des lettres repères reportées sur les plans pour fixer les angles de parcelles bourgeoises.

Côté datation, la typographie de la lettre et la régularité de la taille au burin pointent directement vers la période de gloire de ces grandes demeures : la fin du XVIIIᵉ siècle ou le courant du XIXᵉ siècle, à l’époque où le bornage au sol et le cadastre napoléonien venaient fixer pour de bon les limites des parcelles.

Un petit témoin de la grande histoire du village et de ses bâtisseurs, posé là au coin de la rue.

B.F.

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