Il y a 100 ans : une journée à Cailhau en 1926
Nous sommes en 1926, et Cailhau s’éveille ce matin-là comme il s’éveille depuis toujours.
Le village compte 346 âmes, et ici, c’est la terre qui commande : les vignes, le blé, les saisons qui reviennent, et une petite communauté où chacun, sans exception, joue une partition bien à lui. Suivez-nous, du lever du jour à l’heure de l’apéritif, pour une plongée dans le quotidien cailhautais d’il y a un siècle.
Le village se réveille
Tout commence par une odeur : celle du pain chaud qui s’échappe du fournil de Justin Serny et se répand dans les rues encore fraîches. En fond sonore, les coups de marteau de Jean Planques, le forgeron, qui travaille le fer aux côtés de son père Dominique, donnent le tempo de la journée.
Un peu plus loin, dans les jardins, Pierre Bataille et Jean Boyer profitent de la fraîcheur matinale pour soigner leurs potagers. Sur les chantiers du village, les frères Lapalu se partagent naturellement la besogne : Joseph monte les murs en pierre, pendant que Pierre s’occupe des plâtres. Chacun à sa tâche, et la journée peut vraiment commencer.
Deux écoles pour un seul village
C’est à peu près à cette heure que les enfants de Cailhau prennent le chemin de l’école, ou plutôt des écoles, car le village en compte deux. Les uns rejoignent l’école laïque, où enseignent Pierre et Maria Sire, un couple aussi célèbre que dévoué. Les autres filent vers la classe libre de Mademoiselle Alaux, dans la grand rue, sous le regard bienveillant de l’abbé Louis Bonnet.
Deux chemins, deux salles de classe, deux façons d’apprendre, mais un seul village, qui le soir venu, les voit tous rentrer ensemble.
Chez Calmet, on vend de tout
Un peu plus tard dans la matinée, les ménagères se retrouvent chez Louis Calmet, personnage incontournable du village, capable, en une seule journée, de vendre du tabac, de distribuer le courrier et de peser les lentilles au détail ! Un vrai tour de force que peu songeraient à lui disputer.
Celles qui préfèrent voir midi ailleurs poussent la porte de la boutique concurrente, tenue par l’épicier Rumeau. Question de fidélité, ou simplement d’habitude.
Midi : la grande question du jour
Puis vient midi, et avec lui, une question qui divise le village chaque jour sans jamais vraiment se résoudre : prend-on l’apéritif chez François « Charles » Cadenne, ou chez son frère Eugène Cadenne ? Peu importe la réponse d’ailleurs, puisque c’est là, autour d’un verre, que tout se discute vraiment.
On y refait le monde, bien sûr, mais on y négocie surtout les récoltes avec Kremmer fils aîné, représentant de la maison biterroise « La Littorale », sous le regard attentif des grands propriétaires fonciers du village : les familles Detours, d’Hustou, Dormières, Caratgé, Sarrail et Ragnère.
La modernité s’invite (discrètement)
Et pourtant, au milieu de ce quotidien qui semble ne jamais devoir changer, la modernité se fraie discrètement un chemin. Pour téléphoner, il n’existe qu’un seul combiné dans tout Cailhau : le numéro 1, propriété de Monsieur Pierre Detours, rien de moins. Autant dire qu’on ne l’utilise pas pour bavarder.
Et quand un bruit de moteur pétaradant s’élève sur les chemins, soulevant la poussière, personne n’a besoin de lever les yeux bien longtemps pour deviner de qui il s’agit : le village ne compte en tout et pour tout que quatre automobiles, conduites par François Moulis, Laurent Riquié, le boulanger Justin Serny ou Pierre Detours lui-même. Un véritable événement à chaque passage.
À la mairie, on prépare la grande foire
Pendant ce temps, à la mairie, Jean Caratgé mène les affaires communales d’une main ferme, épaulé par son adjoint Pierre Detours. Mais c’est autour de la table du conseil que le village révèle vraiment son caractère : on y croise Prosper Gabelle, ancien maire dont l’avis pèse encore lourd, les beaux-frères Jean Jalabert et Achille Gaxieu, tous deux cultivateurs, ainsi que Pierre Roques, le cafetier François Cadenne (appelé Charles), le maçon Joseph Lapalu et le maréchal-ferrant Dominique Planques.
Toute cette assemblée n’a qu’une idée en tête : préparer la grande foire du 16 septembre, ce jour où Cailhau se remplit de marchands et de curieux venus de tout le canton.
Un village où le temps prend son temps
C’est ainsi que vit Cailhau en 1926 : un village où le vingtième siècle avance à petits pas, une automobile par-ci, un téléphone par-là, mais où l’on prend encore, chaque midi, le temps de s’arrêter pour l’apéritif.
B.F.






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