L’Histoire de la RD 18 : Le grand désenclavement de Cailhau (1791-1844)
Jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Route Départementale 18 (RD 18) n’existait tout simplement pas. À cette époque, rejoindre ou quitter le village de Cailhau relevait du parcours du combattant. Seul un réseau de chemins vicinaux, plus ou moins carrossables et soumis aux intempéries, menait au village :
À l’ouest, un chemin rejoignait Gramazie (un tracé aujourd’hui totalement disparu).
Au sud, des voies menaient à Cambieure (l’actuelle route de Cambieure) et à Limoux (empruntant l’actuel chemin des Fontanelles puis se prolongeant vers Brugairolles).
Au nord, un chemin menait à Cailhavel (chemin toujours existant).
À l’est, la liaison vers Carcassonne s’effectuait par un tracé sinueux : il traversait le « chemin haut » (la rue des Matines), suivait l’actuel chemin de Mirepoix pour redescendre vers les jardins, avant de remonter péniblement vers l’embranchement des routes de Montréal et de la Malepère, entre le domaine de Bades et la Croix de la Demoiselle.
Pour les habitants de Cailhau et du Razès, ce réseau archaïque posait d’immenses problèmes logistiques. Les deux grandes richesses de la région (le bois de chauffe de la Malepère et le grain (blé) du Razès) ne pouvaient être acheminés vers Carcassonne qu’à dos de mulets ! Ces voyages pénibles épuisaient les bêtes, coûtaient une fortune aux usagers et menaçaient constamment la sécurité des personnes et des marchandises.
L’élan révolutionnaire de 1791 et la « Carte Dénoyer »
En 1791, alors que la France réorganise son territoire sous la Révolution, l’ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées du département de l’Aude, Monsieur Dénoyer, réalise une levée fondamentale : la « Carte du projet de chemin de communication du Razès à Carcassonne traversant la Malepère depuis le pont de Gramazie près de Cailhau jusqu’à Maquens ».
Le 31 octobre 1791, le Conseil de la commune de Cailhau se réunit sous la présidence de son maire, Jean-François Pagès. Réunis dans sa propre demeure (la maison commune étant alors inhabitable), le maire et ses conseillers (dont les sieurs Roques, Fournier, Vidal, Filhol, Serny) prennent connaissance du projet départemental.
Le tracé dessiné par l’ingénieur Dénoyer en 1791 montre d’intéressantes hésitations d’aménagement :

À l’ouest, deux options sont envisagées : un premier tracé débouchant plus bas au niveau du pont de Gramazie dans la plaine, et une seconde option située un peu plus haut. C’est cette seconde option qui sera définitivement retenue.
À l’est, l’ingénieur préfère délaisser l’ancien chemin de Carcassonne à Mirepoix au profit du petit « chemin bas », situé plus au sud. Ce choix permet de concevoir une voie beaucoup plus directe, plus simple à pratiquer et nettement moins vallonnée.
Conscient de l’enjeu économique vital pour la région, le conseil municipal valide avec enthousiasme le projet de M. Dénoyer. Toutefois, l’Histoire va temporiser cet élan : le projet est réexaminé sous l’Empire, où l’ingénieur en chef Georges confirme le 15 Pluviôse an 13 (4 février 1805) que la carte de 1791 reste la référence, n’appelant que de très légers ajustements de direction.
La bataille du chantier et l’effort des habitants (1834)
Il faut attendre 30 ans et la Monarchie de Juillet pour que le chantier touche à sa fin. En 1834, Cailhau est désormais bien relié à Carcassonne par la Malepère. Cependant, le tronçon reliant Cailhau à la route menant de Limoux à Castelnaudary reste chaotique et impraticable.
Le 2 février 1834, le maire de Cailhau réunit à nouveau son conseil municipal (les sieurs Vidal, Castel, Fournier, Bonnarel, Serny, Lajugné et Detours). Il pointe du doigt la situation d’urgence : la partie de la route n° 18 rejoignant la route n° 9 (Castelnaudary-Limoux) présente une cuvette très enfoncée qui se transforme en marécage durant l’hiver.
Ne disposant pas des crédits financiers suffisants, le conseil municipal prend une décision ferme et unanime : faire appel à la prestation en nature (les corvées communales). Chaque foyer imposable de Cailhau est mis à contribution :
2 journées de travail dues par le chef de famille, ainsi que pour chacun de ses fils et domestiques vivants sous son toit.
2 journées de travail supplémentaires pour chaque bête de somme et chaque charrette possédée.
Chaque journée de travail est évaluée à la somme de 1 franc. Les travaux sont programmés au cours de l’année 1834 durant les périodes creuses du calendrier agricole, afin de ne pas léser la moisson et les travaux des champs.
Épilogue : L’aboutissement en 1844
Grâce à la ténacité des ingénieurs et aux efforts répétés des habitants de Cailhau au fil des décennies, la route moderne prend sa forme définitive.
L’Annuaire statistique et administratif de l’Aude publié le 1ᵉʳ janvier 1844 consacre l’achèvement complet de cet axe stratégique :
« Route n° 18, de Carcassonne au Razès. Cette route si utile pour l’approvisionnement de Carcassonne en bois de la Malepère et en grains du Razès, sera entièrement ouverte dans le cours de l’année 1844. Sa longueur totale depuis son embranchement sur la route royale n° 118, jusqu’à la route départementale n° 9 au-delà de Cailhau sera de 20 534 m. »
C’est ainsi qu’après plus de cinquante ans de débats, de plans et de coups de pioche, de la Révolution de 1791 jusqu’à la monarchie de 1844, le désenclavement de Cailhau est enfin achevé, traçant sur 20 kilomètres la RD 18 telle que nous la parcourons aujourd’hui à travers la Malepère.
B.F.
Sources : AD11



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